[Test produit] Les espadrilles Polo

Par papelhilo le 29 avril 2019 dans Découvertes

Quand Julie de la marque Damn Good Caramel a proposé de tester sa box "espadrilles", je me suis dit : trop chouette, des chaussures "c'est-moi-qui-les-ai-faites" ! Et ayant déjà cousu pléthore de chaussons, je pensais que l'affaire serait pliée en cinq sec.

Puis j'ai lu les explications qui viennent avec la box, et rien qu'à la liste du matériel, j'ai commencé à transpirer : ah oui, c'est quand même toute une nouvelle technique et un nouvel univers que je vais découvrir là !

Pour autant, le monde de la chaussure dans les conditions où nous le livre Julie avec son modèle d'espadrille, présente un très bon compromis entre technicité pointue (qui demande formation et expérience) et plaisir de la découverte. Je dirais même que c'est pour ce genre de projet que le concept de box (ou kit) prend vraiment tout son sens : jamais je ne serais allée moi-même rassembler semelle, cuir, fil poissé, alêne et aiguille spéciale pour 1 seul ouvrage, avec en plus la crainte de rater mon essai. Le kit nous donne au contraire directement les matériaux qui ont fait leurs preuves (bonne taille, bonne épaisseur) et les outils ad hoc.

Le patron

Le fichier numérique contenant les patrons (de la taille 36 à 43) est un pdf, que Julie nous conseille d'ouvrir avec Adobe Acrobat. Mon ordinateur étant sous Linux, j'ai utilisé Okular, sans aucune difficulté j'ai pu accéder aux différents calques des tailles. Ce système est extrêmement pratique pour imprimer seulement la taille voulue ; ou toutes les tailles mais séparément, afin de mieux s'y retrouver puisque les pièces ne présentent, d'une taille à l'autre, que de légères différences de mesures. 

Au moment de l'impression, la présence du carré test m'a été précieuse puisque pour une raison qui m'échappe (probablement un défaut de calibrage de ma vieille imprimante), celle-ci a catégoriquement refusé de me donner les bonnes dimensions - et ce bien que j'aie suivi scrupuleusement les instructions d'impression qui sont parfaitement détaillées dans le document reçu. Lorsque j'ai communiqué mes difficultés à Julie, elle a tenu à m'envoyer par courrier le patron manquant, et ce dans les plus brefs délais.

 

Les fournitures pour la chaussure

Le kit avec les consommables (cuir, fils divers) et les outils spécifiques (aiguille, alêne, stylo argent), est livré dans un pochon en coton brut - ceux qui sont sensibles au packaging soigneux apprécieront, ceux que cela laisse de marbre pourront toujours détourner le pochon pour y ranger une chose ou l'autre. L'ensemble des contenants (pochon, petite boite en carton, sachet papier) démontre un souci écologique réel de la part de leur créatrice : les matériaux sont en effet soit recyclables, soit recyclés.

Les pièces de cuir sont d'épaisseur moyenne (1mm), juste ce qu'il faut pour une chaussure solide et souple mais pas trop chaude non plus. Les lacets m'ont plu car ils sont eux aussi en cuir et apporteront ainsi une finition soignée à la chaussure, ce qui contrebalance l'aspect parfois un peu grossier de la semelle d'espadrille.

La découpe des pièces

Grâce au stylo argent fourni, j'ai découvert un traçage tout en douceur ! J'avais déjà travaillé modestement le cuir, mais sans ce stylo qui glisse merveilleusement sur les 2 faces du cuir, et s'efface d'un simple frottement : c'était bien moins facile !

Le montage de la tige à la machine

Je pensais pouvoir me débrouiller sans, j'ai bien dû reconnaitre que la colle Néoprène recommandée par Julie, aussi désagréable d'usage soit-elle (odeur, temps d'attente avant de joindre les pièces encollées, "stress" lorsqu'on sait que le geste doit être précis du premier coup), était non seulement indispensable pour les coutures bord à bord mais aussi bien pratique pour faciliter ensuite d'autres coutures !

 
ci-dessus à gauche : les talons jointés bord à bord uniquement par la colle,
en attente de la piqûre zig-zag visible à droite (recouverte ensuite de la "baguette", en finition)

L'ensemble de la coupe des pièces et du montage des tiges, à la machine, m'a pris environ 2h30. Les explications accompagnées de schémas m'ont paru totalement claires. Je n'ai eu qu'un seul doute, dû à un geste maladroit de ma part je pense : la baguette (pièce rectangulaire placée verticalement à l'extérieur de la chaussure et qui dissimule la couture du talon) dépassait légèrement, je crois que j'ai dû étirer un peu le cuir fin en le collant/cousant. Il m'a donc fallu recouper cet excédent, or le cas n'était pas du tout évoqué dans les explications et j'ai craint d'avoir manqué une étape.

La partie couture à la machine se termine par le pré-perçage du contour de la tige, là où se fera la couture main entre tige et semelle. J'ai eu des sueurs froides en faisant cette piqûre : demandée à 0,5cm, j'ai eu l'impression de ne pas très bien maitriser l'intervalle avec ma machine surtout dans les courbes, et d'avoir un marquage un peu trop près du bord. Méfiance donc sur cette étape !


ça prend tournure !
la fixation de la tige à la semelle nécessite d'étirer légèrement le cuir pour la faire coïncider avec la semelle

L'assemblage final à la main

On se croit près du but - il faut encore un bel effort pour passer de "chaussure vaudou" à "chaussons aux pieds" !

Epinglage et couture main m'ont pris presque 45 minutes pour la première chaussure, puis 30 minutes pour la deuxième. Le point de feston qu'on utilise n'est pas pour les impatients ! L'aiguille nécessaire (ainsi que le fil spécifique) est fournie, ce qui s'avère une excellente chose : certes, nous avons tous des aiguilles par dizaines dans nos boites à couture, mais celle-ci est particulièrement robuste pour traverser la semelle et le cuir, et finira assez poissée par le fil (pourquoi le fil est-il poissé ? lisez ici !).

La couture main m'a beaucoup plu, en fait ! On finit avec les doigts un peu irrités car certains passages sont assez sportifs (lorsqu'on traverse  3 épaisseurs de cuir + la semelle !), mais c'est très plaisant de voir la chaussure prendre forme peu à peu, on peut modeler au mieux le cuir pour le faire suivre le contour de la semelle.

Conclusion

Cette expérience fut intéressante à tous points de vue :

Parlons un peu du résultat lui-même, maintenant ...

Si vous aussi vous rêvez de vous initier au monde de la chaussure, ne tardez pas !
Les kits de Julie sont en prévente jusqu'au 12 mai (le temps de collecter les mensurations des clients et rassembler les fournitures qui en dépendent), pour une expédition la semaine suivante.

A propos de l'auteur : papelhilo

Elle aime la couleur, la récup' et le bidouillage. Curieuse et pleine de ressource, ses découvertes nous font rêver et voyager !

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Commentaires

tiempolibre (il y a 5 années, 11 mois)

Merci pour cette belle idée ! Je vais me laisser convaincre (même si moi aussi, j'affectionne les bouts ronds et confortables...)

missumlaut-Kikoo (il y a 5 années, 11 mois)

Une expérience très interessante (que je ne tenterais pas) mais je suis  d'accord dans ce cas, le concept du kit est particulièrement approprié.

Si Julie est interessée, à mon avis il y a un marché du coté de la chaussure histo.

SunShine (il y a 5 années, 11 mois)

C'est très intéressant. Je viens de m'acheter des semelles Prym mais plutôt pour des sandales plus simples

wallis (il y a 5 années, 11 mois)

je confirme pour les doigts en charpie. mais avec le coup de main la couture va vite. 

et c'est tellement agréable de porter nos propres chaussures fait mains, qu'on oublie vite le mal aux doigts.

ps : je n'ai pas fait ce model, mais c'est le même principe, pour la couture chausson/ semelle

Mousse (il y a 5 années, 11 mois)

Merci pour le lien sur le fil poissé : peut-être le truc qui me manque pour éviter de réparer mes sandales (du commerce) pour la millième fois.