[Needlenaute du mois] Agdel
Notre needlenaute ce mois-ci nous avait intriguées lors de la publication de plusieurs jolies réalisations à base de patrons maison ; nous donnons donc le micro à Agdel aujourd'hui !
Agdel, qui es-tu ?!
Dans la vraie vie, j’exerce plein de métiers : secrétaire de rédaction, maquettiste, correctrice, typographe, graveur, infographiste, disons que je mets en page des (gros) livres sérieux sur la musique.
Je suis aussi maman de 3 jeunes adultes, je joue du violon dans un ensemble de musique folk, de la viole de gambe avec mes condisciples de l’école de musique, j’anime les messes de ma paroisse et je suis animatrice spirituelle des Scouts et Guides de France au niveau du territoire. Bref, mes soirées et week-ends sont bien remplis ! Mais j’ai mes mercredis pour coudre.
une jolie robe de communion pour sa fille
Raconte-nous tes débuts en couture
J’ai toujours cousu, je crois bien. D’abord, il y avait ma Mamie : dotée d’une solide formation de couturière, elle nous habillait et m’a confectionné des merveilles de vêtements de poupées. Du plus loin que je me souvienne, il y a le bruit de sa machine à coudre (une Singer électrifiée – d’ailleurs je m’étais électrocutée en touchant à la pédale) ou des ciseaux coupant l’étoffe, contre la table en bois. Je jouais avec les chutes de tissu, les boutons, les épingles…
À l’école primaire, j’ai suivi, sur la pause du midi, des cours à l’ancienne de couture à la main, mais je n’étais pas très douée… je ne le suis toujours pas !
À la maison, nous avions aussi une Singer, mais mécanique : il fallait lancer le volant et actionner la grande pédale en rythme, des deux pieds (plus tard, j’ai joué de l’harmonium, c’était à peu près pareil). Très tôt, j’ai commencé à me servir de la machine. J’y cousais des déguisements pour ma sœur et moi. Au collège, nous avions des cours d’EMT (ça vous donne une idée de mon âge…), notamment de la couture . La prof nous faisait piquer des lignes parallèles sur des feuilles de papier pour nous entraîner. Dès que ça partait de travers, je freinais en appuyant de toutes mes forces sur la pédale, comme à la maison : le papier se déchirait évidemment. En réunion parents-professeurs, elle a décrété que je ne saurais jamais coudre…
J’étais en cinquième quand Maman a acheté une machine dernier cri : une Singer électronique, avec une bonne trentaine de points fantaisie. Nous passions du point droit avant-arrière au zig-zag et aux boutonnières ! C’est à ce moment aussi que sont sortis les premiers numéros de Prima, avec chaque mois un patron très simple (le premier était une blouse à manches chauve-souris : 2 pièces et une parementure), des explications en photos (après Burda, quel confort !). Pour Mamie, évidemment, j’étais une hérétique : je ne marquais pas les valeurs de couture, je me contentais d’épingler avant de piquer, je n’arrondissais pas mes ourlets (ah, le supplice des longues minutes debout sur la table, à tourner lentement pendant qu’elle posait ses épingles) et je ne les cousais pas à points invisibles à la main ! Mais elle a tout de même consenti à admirer mes travaux, voire me donner quelques coups de main au besoin, plutôt que de me dire « Laisse, je vais le faire, ça ira plus vite et ce sera mieux ».
Avec ma robe de mariée, je me suis appliquée : j’ai fait une toile, j’ai marqué les pinces avec un fil de bâti, j’ai cousu mon (grand) ourlet à la main. Il faut dire que j’avais mixé deux patrons de marques différentes (je n’avais peur de rien). J’avais une petite Brother, prêtée par ma belle-sœur (elle faisait le zig-zag, mais toujours pas les boutonnières).
de la robe de mariée aux petits sacs personnalisés ... Agdel coud tout !
À la naissance de ma fille j’en ai acheté une plus perfectionnée, que j’ai usée, en quatorze ans de couture intensive, avant de la remplacer par ma machine actuelle. Et comme Mamie n’était plus là pour me donner ses précieux conseils, je me suis équipée du Manuel de la couture pratique de Burda (c’était avant internet).
Quelques années plus tard, j’ai découvert un forum où quelques couturières échangeaient entre elles et mon activité solitaire est devenue conviviale. Nous nous retrouvions à l’Aiguille en Fête, au Stoffenspektakel d’Hasselt (avant qu’ils ne viennent en France), nous partagions des astuces, des bons plans et… des tentations. Je me suis équipée d’une surjeteuse, d’une brodeuse, d’un appareil à biais. Des tissus ont circulé à travers la France, des revues également, de petits cadeaux cousus main. C’est une collègue qui m’a poussée à m’inscrire sur T&N et je ne regrette pas, même si c’est plus de temps passé devant l’écran à faire de nouveaux projets et moins de temps derrière ma machine.
les cadeaux cousus main ... un plaisir de couturière
Comment définirais-tu ton style ?
Inexistant ! Je suis souvent à contre-courant de la mode, j’ai une silhouette pas facile à habiller, si je pouvais me retoucher moi-même, ce serait plus facile.
J’ai posé la question à ma grande fille, elle a répondu « un style de maman », no comment !
Je privilégie le confort, avec beaucoup de matières extensibles, des emmanchures qui laissent une grande liberté de mouvement, des robes assez longues parce que je n’aime pas montrer mes genoux, des taille-haute parce que je suis frileuse l’hiver. Pour les couleurs, je suis aussi à côté de la plaque, en général je cherche le mouton à cinq pattes, notamment un rouge un peu sombre cet été… Et je ne réfléchis pas en terme d’ensembles, ce qui fait que certaines de mes coutures restent au placard.
Où trouves-tu l’inspiration ?
Comme beaucoup, maintenant, sur internet, mais aussi dans la rue (« Oh, cette robe est sympa, je me la coudrais bien »). Je couds surtout selon mes besoins, selon l’usure de ma garde-robe et l’évolution de mes mensurations (maudite ménopause !), je remplace donc un vêtement par un autre sans trop me soucier de la tendance du moment. Mes filles, en revanche, passent beaucoup de temps sur Pinterest et me commandent des vêtements au cahier des charges assez précis.
Elles commencent également à coudre elles-mêmes (et découvrent que le découd-vite est leur meilleur ami), je reste dans les parages pour répondre aux questions, donner un conseil, jeter un œil sur leur ouvrage (parfois leur faire découdre l’ourlet mal piqué) ou réaliser une étape délicate. Ma grande est devenue une pro des fronces !
une copieuse série de déguisements
Quelles sont tes matières et marques préférées ?
Côté matières, je n’ai guère le choix : coton, lin ou viscose, tout le reste me brûle la peau et la laine me gratte. J’aime toucher avant d’acheter, ce qui limite le choix également, je ne commande sur internet que des tissus que je connais déjà. Je vais à Paris de temps en temps, sinon je suis limitée à un petit Mondial Tissus et un marché aux arrivages aléatoires et souvent de basse qualité (mais il m’arrive d’y dénicher des merveilles) à prix dérisoire, très pratique pour faire des toiles.
Côté patrons, après Prima, j’ai eu ma période Butterick, puis les livres japonais en japonais (vous aussi vous avez connu Pomadour ?) avec lesquels j’ai beaucoup cousu pour mes filles, Farbenmix, Ottobre (en allemand, anglais ou néerlandais selon la personne à laquelle je les rachetais) qui me convient parfaitement niveau morphologie, autant dire que je me soucie peu des explications et que je me fie à mon expérience. J’achète peu de patrons finalement, mais ceux de D&D et PM patterns me correspondent le mieux. Imprimer, coller des pages, faire une toile qui ne tombe pas bien et plein de modifications me saoule un peu, je préfère souvent dessiner mon propre patron en tâtonnant.
Des chefs d’œuvre ? des ratés ?!
Je ne pense pas pouvoir qualifier quoi que ce soit de chef d’œuvre, mais parmi mes réussites, je pense à un corset pour ma fille, mes sacs de voyage doublés sans couture apparente qui ont toujours du succès, des déguisements offerts à des petits-cousins (voir plus haut).
Et deux belles robes pour ma plus jeune fille : celle de sa première communion (voir plus haut) et la dernière en date ! Je suis fière également de ne plus hésiter à découdre partiellement un vêtement qui tombe mal pour corriger ce qui ne va pas.
Parmi mes ratés, il y a quelques mauvaises associations de patrons et tissus, la Magnolia qui semble si flatteuse pour toutes et dont je n’arrive jamais à ajuster le décolleté, un pantalon que j’avais impeccablement cousu pour mon fils dans un sergé non-extensible… qui lui allait bien tant qu’il restait debout sans plier les jambes, et un dernier ratage qui n’est pas de mon fait : ma dernière robe Sureau dont le tissu s’est déchiré et distendu la deuxième fois que je l’ai portée (j’ai été remboursée, mais c’est rageant)
Quelques « japonaiseries » moches également :
As-tu des projets sur le feu ?!
Vu la difficulté à trouver un pantalon du commerce qui me convienne et la piètre qualité de ceux que j’adore chez Armor Lux (et leur prix !), je dois me pencher d’urgence sur la mise au point du patron parfait : taille assez haute, cuisses larges, adapté à ma cambrure et à mes mollets. Je vais tenter quelques culottes pour écouler mes trop nombreuses chutes de jersey. J’ai aussi un projet au long cours (débuté en janvier 2016) que j’aimerais mener à bien : un patchwork Dear Jane !
Mais on me souffle dans l’oreillette que notre ensemble de musique a besoin de tenues médiévales pour le 15 octobre*, je vais devoir mettre tous mes projets entre parenthèses pendant quelques semaines encore.
(*NDLR : oui, nous avons beaucoup trop tardé à mettre en forme ces réponses et le 15 octobre est bien passé ! oups ! )
Pour en savoir plus
son profil sur T&N : Agdel
son blog
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Encore un joli portrait ! Je suis très impressionnée par tout ce que Adgel arrive à faire et à coudre quand même ! Et ce patch Dear Jane promet d'être une oeuvre fantastique, comme un pavage d'ajulejos.
merci pour ce tableau d'Agdel... j'aime beaucoup sa "créativité tranquille" hors modes et fonctionnelle... et certaines expériences me parlent particulièrement, question d'âge peut-être... en tous cas bravo à toutes ces réalisations et merci pour ce nouveau portrait
Que de souvenirs à la lecture de ce portrait : la machine à coudre à pédales de ma grand-mère, les cours d'Education Manuelle et Technique au collège (souvenir d'un coussin en patchwork), les revues et patrons PRIMA, le calvaire des ourlets arrondis par ma mère, debout sur la table !!!! Puis POMADOUR et les japonais (horribles sur moi). Par contre, je n'ai jamais lâché BURDA et le décalquage sur ces planches de patrons psychédéliques que je préfère 100 fois à l'assemblage des PDF.
Et bravo pour ce beau projet de patchwork Dear Jane.
Bien des souvenirs pour moi aussi à travers ce portrait d'Agdel, que j'avais déjà assez bien imaginée car je vais regarder les articles sur son blog quand elle publie ici. Beaucoup de sincérité et une approche en dehors des modes, éphémères par définition, qui me convient bien. Belle créativité et une sacrée vitalité aussi, pour assurer travail, musique, couture, disponibilité !...
Encore un chouette portrait ! Mais comment fait-elle pour trouver le temps de coudre ???
Ravie d'en apprendre plus sur toi et de voir régulièrement tes réalisations sur T&N, ton patchwork s'annonce magnifique !
Merci pour ce portrait, je viens tout juste de découvrir le blog d'Agdel, il y a quelques jours.
J'étais surprise que tu te définisses "sans style" Agdel. Quand je te vois dans tes robes Joséphine et et ta robe Sureau, ce n'est pas les mots qui me viennent personnellement ! ;) Moi perso j'adore!
Je suis très admirative de tes nombreuses activités. Et quelle belle robe de mariée ! Merci d'avoir livré un petit morceau de toi avec nous. Je suis ravie d'en connaître un peu plus sur tes débuts en couture. Et merci papelhilo pour la publication de cet article.
Ravie d'en savoir plus sur cette couturière aux multiples talents!
Un style de maman??? mais pas du tout! En tous les cas tes filles ont de la chance car je me rappelle avoir vu de nombreux vêtements qui leur sont destinés, bombers, salopettes, et dernièrement les jupes pour ta cadette.
Peut-être qu'après la robe de communion tu en feras une autre...
Avec beaucoup de retard je viens dire ici que j'étais ravie de lire ton portrait et d'en connaître davantage sur toi. Hâte de voir ce que donnera ton projet de patchwork, il est prometteur !