Mode et pollution

Par Mousse le 5 juin 2020 dans Découvertes

On lit souvent que l’industrie de la mode est l’une des plus polluantes de la planète. En cette journée mondiale de l’environnement, on avait envie de regarder aussi du côté positif des choses : les problèmes, nous les connaissons, mais existe-t-il des solutions ? Ces initiatives insolites montrent en tous cas que le sujet ne laisse pas de marbre.


Des matières premières étonnantes

La recherche de matières premières innovantes n’est pas nouvelle dans l’industrie textile, loin de là. Mais les enjeux environnementaux réorientent la recherche dans de nouvelles directions.

Des matériaux étonnants voient ainsi le jour, comme ces baskets en algues, dans le but d’éviter ou de réduire la fabrication de matériaux issus de la pétrochimie, responsable de l’émission de CO2. Les algues sont prélevées sur place, dans les lieux où elles prolifèrent et peuvent être responsables de nuisances.

L'idée est d'utiliser une ressource renouvelable qui n'empiète pas sur les terres cultivables. Malheureusement, ce n'est pas encore l'alternative parfaite au plastique puisqu'elles ne sont pas biodégradables, la poudre d'algues étant mélangées à de l'EVA.

L'univers aquatique inspire décidément les équipementiers, puisque Adidas avait lancé une édition très limitée de baskets en filet de pêche à partir de déchets collectés en mer. Opération de communication ou de sensibilisation ? En tous cas un succès pour eux, puisque la ligne en collaboration avec Parley s'est étendue depuis aux vêtements.

Un sac pour lutter contre la pollution de l'eau

Le problème avec les vêtements en tissu synthétique ne se pose pas seulement au stade de la fabrication, mais également lors de leur entretien courant. A chaque lavage, les tissus perdent des microfibres qui finissent leur course dans les océans et s'ajoutent ainsi à la triste liste de la pollution des eaux par le plastique.

Si le mieux est d'éviter d'en (sur)consommer, on ne peut pas toujours faire l'impasse sur certains produits spécifiques qui en contiennent, comme les vêtements techniques par exemple. Ce constat préoccupait deux passionnés de surf, dont les équipements sont majoritairement composés de ces fibres non-dégradables, et les a incités à chercher un moyen de lutter contre leur propagation dans la nature via nos canalisations.

Ils ont donc mis au point, il y a quelques années, un sac en polyamide censé éviter la fuite de ces minuscules miettes de nos vêtements, le Guppyfriend. Il s'utilise directement dans la machine à laver, et prolonge en prime la durée de vie de ces vêtements en limitant la casse des fibres. Il faut ensuite les retirer du sac à la fin du cycle. Certains en font même des bocaux pour suivre l'évolution de leur collecte !


 

Les neuf vies du jeans

La production de matières premières traditionnelles pèse aussi parfois lourdement dans la balance écologique, comme c'est le cas pour le coton par exemple. Gourmandes en eau et en pesticides, les étapes suivantes de teinture et d’apprêtage génèrent également leur lot de pollution dans des pays où la production se fait à bas coût et où la règlementation ne protège pas l’environnement et encore moins les travailleurs. 

Le recyclage ou réemploi de vêtements dont la matière première existe déjà est une alternative à cette surproduction délétère. Certains aimeraient en faire un nouveau modèle économique en promettant une vie éternelle à notre jean grâce à un système de consigne ou de location. C'est le cas de 1083 et de Mudjeans qui assurent à la fois la fabrication mais aussi la "fin de vie" de leurs produits par le recyclage.

Tandis que le premier fait le choix d'un jeans monomatière intégralement synthétique, le second innove davantage avec sa machine à recycler le coton, un peu comme on le ferait avec le papier. Ce coton, une fois réduit en paillettes, entre dans 40 % de la composition d'un nouveau jeans. Cela paraît peu, mais rapporté aux 25 millions de tonnes de coton produites chaque année, cela fait réfléchir...

Un tissu qui réagit à la pollution de l'air

Aerochromics est une marque de vêtements créée par le designer New-Yorkais Nikolas Gregory Bentel. Le tissu de ses t-shirts a la particularité de réagir lorsqu’un certain seuil de pollution est dépassé : il laisse alors apparaître de jolis motifs pour signaler la toxicité de l’air. Plutôt symbolique, puisque les composants n’ont rien d’écologiques, cette création interpelle néanmoins sur l’état de notre planète.

Et vous, connaissez-vous d'autres initiatives étonnantes ? Utilisez-vous certains matériaux (tout nouveaux ou remis au goût du jour, comme certaines fibres !) qui répondent à cette prise de conscience ?

A propos de l'auteur : Mousse

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Commentaires

Nabel (il y a 1 mois, 1 semaine)

Merci pour cet article passionnant !

Par contre, je n'ai pas compris l'histoire du "jeans monomatière intégralement synthétique"

 

Colinette (il y a 1 mois, 1 semaine)

Article très intéressant. Merci beaucoup

Myriam ArbreMagique (il y a 1 mois, 1 semaine)

Très intéressant. Je m'interroge sur la démarche de 1083; un jean completement synthetique ne me seduit pas, que ce soit en terme de confort, de respirabilité ou de durabilité. Et je trouve que cela ne colle pas avec l'esprit de la marque. mais c'est mon avis. Et toutes les initiatives sont interessantes.

AnneE (il y a 1 mois, 1 semaine)

J'explique pourquoi la démarche de 1083 est intéressante et de quel type de tissu il s'agit. Ma fille fait des études de design textile et de mode et 1083 est intervenu dans leur formation. De plus, elle a travaillé l'an dernier dans une jeune entreprise de mode à Rome qui utilise des tissus recyclés et entres autres, des "nouveaux synthétiques" très haut de gamme.

Il faut oublier tout ce que l'on imagine sur le synthétique, parce qu'on associe souvent ce terme à "brillant, transpirant et inconfortable". Ma fille travaillait sur des tissus qui ressemblaient à du sergé, avec la respirabilité du coton. Ces tissus ont les qualités des synthétiques techniques utilisés dans les sports de haut niveau par exemple, où les sportifs sont très tatillons sur les qualités de porter. Par ailleurs, les filière de création de ces tissus sont des filières responsables, qui permettent de traiter une grande quantité de déchets plastiques (jusqu'à ce que, bien sûr, nous ayons éliminé tout plastique de notre environnement!).

Et le jean est lui même recyclable en fin de vie en le renvoyant à 1083.

 

Mousse (il y a 1 mois, 1 semaine)

@Nabel : ils utilisent le terme de "monomatière" pour le jeans car c'est important à l'étape du recyclage : tout, même de le fil, le bouton, l'étiquette est en polyester. C'est pour ça que je précise aussi "synthétique" parce que je ne m'attendais pas à voir ça chez 1083, mais quand on lit leur argumentaire, ça se comprend (en partie).
 

@Myriam ArbreMagique et @AnneE : ce qui fait réagir, c'est effectivement le problème de la libération des micro-plastiques évoqué plus haut au sujet du sac Guppyfriend. Après, leur raisonnement s'entend en partie (voir lien dans réponse à Nabel) : facilement recyclable, fabriqué à partir de déchets qui sans cela seraient encore dans la mer... L'histoire de la qualité du filage, une boutique distribuant le Guppyfriend en parle ici (à la 1ère question "en quoi consiste les microfibres"). Mais je ne comprends pas l'argument de "l'option filament", car à part la polaire, je ne vois pas pour quel autre tissu synthétique on aurait intérêt de toute façon à utiliser des fibres courtes... Pour les fibres naturelles, à part la soie, on n'a pas vraiment le choix, mais pour le synthétique ?

Socinelle (il y a 1 mois, 1 semaine)

Super intéressant cet article, merci smiley

Je ne pensais pas que nos vêtements synthétiques perdaient autant lors de leurs lavages même sur du "long terme" ! et ne connaissais pas du tout les sacs Guppyfirend !

AnneE (il y a 1 mois, 1 semaine)

@Mousse, les synthétiques recyclés qualitatifs sont des fibres longues. D'ailleurs, pour un jean (ou pour les vêtements fabriqués par l'entreprise romaine ou ma fille a travaillé), on a aucun intérêt à avoir des fibres brossées et courtes.

Je pense que même en dehors de la polaire, on a des synthétiques très "veloutés" qui peuvent être des fibres courtes non pas parce qu'on veut qu'ils tiennent chaud mais pour qu'ils soient très doux. Ma fille m'expliquait aussi que les fibres courtes sont moins chères, de moins bonne qualité souvent. On peut les retrouver dans des synthétiques ne ressemblant pas du tout à de la polaire mais qui, au frottement par exemple, vont rapidement produire une sorte de lustrage avec de petits filaments qui apparaissent, comme un duvet (je ne sais pas si j'explique très clairement!). Mais pour le consommateur, faire la différence, c'est compliqué.

AnneE (il y a 1 mois, 1 semaine)

Et j'ai oublié: l'option filaments de 1083, c'est justement des fibres synthétiques longues, donc moins sujettes à la rupture et à la dispersion dans l'eau.

Nabel (il y a 1 mois)

Merci @Mousse et @AnneE pour les compléments d'informations !

Nabel (il y a 1 mois)

Je suis retournée sur le site de 1083, ça a drôlement changé depuis la dernière fois. Je suis un peu perdue et je ne retrouve pas les patrons de leurs jeans qu'ils mettaient à disposition gratuitement à une époque