[Manteaux etc.] Le matériel

Par Tita le 11 novembre 2020 dans Matériel

Quand on coud un manteau, une veste de tailleur ou un trench, un bon outillage est essentiel pour obtenir un résultat net et précis. Passons en revue le matériel nécessaire pour tailler, marquer, repasser et monter votre chef-d'œuvre !

 

Couper

Les tissus épais, glissants et fragiles vont mettre à rude épreuve vos outils de coupe. Quoi que vous utilisiez, il faut absolument qu'ils soient bien aiguisés pour obtenir un résultat précis et propre. S'il n'y a pas de rémouleur près de chez vous, vous pouvez investir dans un aiguiseur portatif ou bien affûter vos ciseaux et lames avec une simple bouteille en verre ou du papier alu. Choisissez de préférence des outils ergonomiques, qui soulageront vos poignets et vos pouces (mis à rude épreuve par la coupe des tissus épais) et vous éviteront de finir avec des ampoules sur les doigts. 


De gauche à droite : ciseaux de tailleur ; ciseaux cranteurs ; cutter rotatif ; épingles extrafines ; poids de couture maison ; tapis de découpe

Les ciseaux

Une bonne paire de ciseaux est indispensable pour venir à bout des tissus épais et obtenir un résultat précis. Vous avez déjà certainement dans votre atelier des ciseaux de tailleur. Leur lame de 20 à 30 cm est idéale pour couper les grandes pièces. 
Les ciseaux cranteurs sont également fort utiles. Ils servent à limiter l'effilochage des bords non surjetés, qui sont nombreux dans un manteau et sa doublure. 
Pour profiter des conseils des Needlenautes et obtenir leur avis sur les différents modèles et marques, direction le forum (ici, ou ). 
 

Le cutter rotatif

Le cutter rotatif est une bonne alternative aux ciseaux. Très maniable, il s'utilise sur un tapis de découpe autocicatrisant. C'est un outil de précision, qui permet de couper le tissu sans avoir à le soulever. Il est donc particulièrement recommandé pour tailler les manteaux et leur doublure, qui sera réalisée dans un tissu glissant. Attention : vos lames doivent être de qualité et bien affûtées.
Un comparatif entre ciseaux et cutters rotatifs a été publié par T&N il y a quelques années. Les conseils des Needlenautes sont à retrouver ici et

 

Les épingles et les poids

Pour maintenir les pièces du patron sur votre tissu, vous pouvez bien entendu utiliser des épingles. Si vous taillez un tissu fragile (certains cachemires, soie, etc.), il faut absolument épingler à l'intérieur des marges de couture pour éviter de laisser des traces ou des trous dans votre belle étoffe. Privilégiez à ce moment-là des épingles extrafines, qui sont moins susceptibles de marquer le tissu. Assurez-vous qu'elles ne sont pas émoussées, sous peine, encore une fois, de torturer inutilement votre tissu. 
Pour remplacer les épingles à cette étape, vous pouvez aussi utiliser des poids de couture. Très pratiques, ils n'abîment pas le tissu car ils sont simplement posés sur le lai. Vous pouvez les acheter tout faits ou les fabriquer vous-mêmes à moindre coût. 

 

Marquer 

Pour reporter les crans, les pinces ou bien encore les emplacements de boutons, boutonnières et poches, plusieurs outils sont à votre disposition. 


De gauche à droite : craie tailleur accidentée ; crayon de marquageporte-mine de craieroulette de craie ; fil à bâtir ; fil de soie

La craie tailleur et la roulette à craie

La craie tailleur est un morceau de craie blanche ou colorée, affûtée sur les côtés de manière à pouvoir tracer des lignes fines sur le tissu. Bon à savoir : la craie tailleur peut être remplacée par un morceau de savon, comme expliqué dans cet article. Gardez toutefois en tête que vous ne laverez pas votre manteau tous les quatre matins et que les traces de savon doivent pouvoir s'effacer facilement sans avoir à passer par la machine à laver. Il vaut donc mieux faire un essai sur une chute avant de se lancer. 
La roulette de craie est une bonne alternative pour tracer des lignes droites ou courbes, par exemple pour ajouter les marges de couture. Là encore, pour éviter les mauvaises surprises, on teste au préalable sur une chute !

 

Les crayons de marquage

Les crayons de marquage sont très pratiques pour reporter certains repères sur le tissu. Ils ont toutefois plusieurs contre-indications. Ils peuvent notamment créer des lignes enfoncées durablement dans les tissus moelleux si vous les utilisez en appuyant trop fort. Certains crayons (le porte-mine Prym, notamment) laissent par ailleurs des traces de craie indélébiles sur certains tissus et la gomme fournie a tendance à faire boulocher les tissus fragiles. Là encore, évitez de jouer au kamikaze et testez en amont sur une chute. En cas de doute, utilisez-les seulement pour marquer durablement un point fixe, comme l'emplacement d'un bouton par exemple. 
 

Le fil

Certains repères et les pinces peuvent être reportés sur votre tissu à l'aide de points de bâti. C'est une méthode un peu longue mais efficace, qui résiste bien aux multiples manipulations et qui est en plus respectueuse des tissus. Vous pouvez opter pour du fil à bâtir, mais il a une fâcheuse tendance à laisser des fibres quand on l'arrache. Les tailleurs lui préfèrent donc généralement le fil de soie. Il est plus fin et plus lisse, il s'emmêle moins que le fil standard et il ne marque pas le tissu. 

 

Repasser

Une des clés de la réussite tient dans la manière dont vous allez presser les coutures de votre manteau. Il ne faut donc pas lésiner sur le repassage et plusieurs outils vont vous aider à obtenir un résultat net et précis. 


De gauche à droite : votre meilleur ami ; un coussin de poitrine maison (en haut) ; un rouleau de repassage maison (au milieu); une planche de presse (en bas) ; une jeannette pointue

Les coussins de tailleur

Déjà évoqués sur Thread & Needles, les coussins de tailleur sont des outils précieux dans la confection d’un manteau ou d’une veste de tailleur. Il en existe deux grands types : le coussin de poitrine (aussi appelé œuf ; tailor’s ham en anglais) et le rouleau de repassage (tailor’s sausage)Le premier est ovoïde et sert à repasser les coutures courbes sur un manteau, notamment au niveau des emmanchures et des éventuelles découpes princesse. Il permet également de bien aplatir l’extrémité des pinces. Le rouleau de repassage ressemble pour sa part à un gros saucisson, d'où son appellation anglophone. Glissé dans une manche, il permet de repasser les coutures difficiles d’accès.
Les coussins de poitrine et les rouleaux de repassage se trouvent dans le commerce, mais il est en fait très facile de les fabriquer soi-même. Vous trouverez des patrons et un tutoriel complet sur le blog de Tilly and the Buttons. Vous pouvez les rembourrer avec de la sciure, qui absorbera bien l’humidité dégagée par la vapeur de votre fer à repasser. À défaut, vous pouvez aussi utiliser de toutes petites chutes de tissu, à condition de les tasser très fermement pour que le coussin ne se déforme pas sous la pression du fer. 
Bonus : ces coussins sont utiles au quotidien, et pas seulement quand on coud un manteau ! Je me sers des miens pour repasser la plupart de mes vêtements finis. Adieu les faux plis au niveau de la poitrine et des emmanchures !
Pour voir le coussin de poitrine en action, ça se passe ici !

 

Les presses en bois

La planche de presse (ou demi-lune ; tailor’s clapper en anglais) est une presse en bois très utile pour aplatir les coutures et obtenir un résultat propre et net aussi bien sur l’envers que sur l’endroit du manteau ou de la veste. Il peut s’utiliser soit pour ouvrir les coutures, soit pour les rabattre ensemble d’un même côté. Son utilisation est toute simple. Il faut d’abord ouvrir / rabattre la couture à aplatir avec la pointe du fer à repasser, en diffusant de la vapeur. On applique ensuite la face plate de la planche de presse sur la couture pendant quelques secondes. Comme il est en bois, cet outil va alors absorber l’humidité laissée par la vapeur et permettre de bien maintenir la couture en place. Pour voir la planche de presse en action, rendez-vous ici ! Les plus bricoleurs pourront même en fabriquer un eux-mêmes
A côté de cette planche de presse simple, il existe un modèle plus élaboré (et pas forcément indispensable), qui plaira aux Needlenautes les plus pointus : la jeannette tailleur, aussi connue sous les noms de jeannette pointue, enclume de repassage ou sifran (point presser). Comme son nom anglophone l'indique, elle sert non seulement à presser les coutures, mais aussi à repasser les pointes de col et de poignet, ou tout angle droit formé par une découpe. Pour voir cette jeannette pointue en action, rendez-vous ici !
NB : les presses en bois sont difficiles à trouver en France. Le plus simple est de les commander aux Etats-Unis (cf liens en légende de la photo), au Royaume-Uni (par exemple ici et ) ou en Allemagne

 

Coudre

Pour monter votre manteau, vous avez encore quelques précautions à prendre. 


De gauche à droite : aiguilles ; épingles extrafines ; clips en plastique ; fil à bâtir (en haut) ; fil de soie (au milieu) ; fil cordonnet (en bas). 

Les aiguilles

Pensez à choisir une aiguille machine adaptée au type de tissu cousu. Optez pour des aiguilles de 80-90 pour les tissus de poids moyen et de 90-100 pour les tissus lourds. Si vous cousez une doublure en soie, il est indispensable d'utiliser des aiguilles fines (60-70), sous peine de tirer des fils. 

 

Les épingles et clips en plastique

Comme expliqué plus haut, vous pouvez utiliser des épingles extrafines à la pointe affûtée pour épingler les pièces de vos tissus fragiles, à condition de les positionner à l'intérieur des marges de couture. 
Les clips en plastique sont une bonne alternative aux épingles puisqu'ils ne laissent pas de trou. Attention toutefois : des clips trop serrés laissés longtemps sur un tissu moelleux peuvent laisser des marques de dents. On les emploie donc également uniquement à l'intérieur des marges de couture. [PS : à ce stade de l'article, je pense que vous aurez compris qu'il m'est arrivé au moins une fois tout ce contre quoi je vous mets en garde.]

 

Les fils

Pour bâtir vos pièces les unes aux autres, vous aurez besoin de fil à bâtir ou de fil de soie, déjà évoqués plus haut. Pour piquer, il vaut mieux avoir recours à du fil standard de bonne qualité (Gütermann, Mettler, Madeira, etc.), qui assurera des coutures régulières et durables. Plus épais, le fil cordonnet vous sera utile pour les surpiqûres et les piqûres décoratives, mais aussi pour coudre vos boutons et vos boutonnières. 

 

Alors, vous êtes prêts à vous amuser avec vos jouets ?

A propos de l'auteur : Tita

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Commentaires

tellestuneEstelle (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci pour cet article qui est fort intéressant et qui tombe à pic pour moi qui suit en pleine recherche d'informations sur tout ce qui concerne la confection des manteaux car j'ai déjà fait pas mal de vestes, je me suis aussi cousu un manteau assez simple de chez Burda mais là pour le coup j'ai une idée bien en tête de ce que je voudrais et ça va être un peu plus compliqué 😜. Belle journée à toutes et tous, Estelle 

Mquipique (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci Tita pour ces piqûres de rappel, j'ai oublié notamment de vérifier mon stock d'aiguilles. Ayant prévu de commencer l'assemblage du manteau de mon fils aujourd'hui, j'espère que j'ai ce qu'il faut. Pour le repassage je ne suis pas non plus si bien équipée que ça, je vais voir ce que je peux faire !

Iseult (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci pour cet article détaillé ! Cela fait un moment que je voudrais me faire un « tailor’s ham », mais où trouve-t-on la sciure de bois ?... 

Pareil pour les poids, faudrait vraiment que je m’y mette.

Pour marquer, moi j’utilise beaucoup de vieilles savonnettes aplaties par le temps, ça marche très bien sur les tissus foncés et ne laisse vraiment aucune trace ! Sur les tissus clairs, j’utilise un stylo « Frixion » qui disparaît au premier coup de repassage, en général sans laisser de traces (mais méfiance quand même). Il y a aussi les stabilos Frixion, pour les tissus qui ne se laissent pas écrire dessus facilement ! 
 

Et pour les cutter rotatifs, j’ai trouvé un petit outil d’aiguisage sur R*scol, vraiment très utile (une sorte de roue trouée avec du papier de verre autour du trou), je n’achète plus de lames ! Je vous le recommande chaudement 😊 

 

Jlsls (il y a 2 semaines, 5 jours)

Le fil à bâtir pour marquer, je trouve que c'est vraiment idéal, beaucoup plus précis que tout le reste, et on ne risque pas de l'effacer par inadvertance. Mais aussi beaucoup plus long à utiliser, c'est bien vrai... Je n'achète pas de fil à bâtir dédié, mais je pioche dans mes fonds de bobine très contrastés, ce qui permet aussi de vider un peu les stocks de fil au passage ! Surtout les couleurs achetées spécifiquement pour un projet, et qui ne me resserviront probablement plus.

Sinon, il faut que je me bricole au moins un coussin de poitrine, ça a l'air bien pratique. Pour le moment, je cale mes couture courbe le long de la partie arrondie au bout de ma planche à repasser, mais ce n'est pas toujours adapté ! Et puis ce ne sont pas les chutes de tissu qui manquent pour faire le rembourrage ^^

Liseli (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci pour ce joli article! Et pour celles et ceux qui sont inquiets de ne pas avoir tout ça à disposition... ben on peut aussi faire sans la majorité de ces objets ;-)

Pour les poids, j'utilise personnellement le contenu de ma bibliothèque: les bouquins ayant une surface plus grande que les poids de couture habituels, ils déforment moins les tissus moelleux et maintiennent une plus grande surface de tissu en place. Sans compter que ça fait un truc en moins dans ma boîte à couture déjà trop remplie!

Finalement pour marquer le tissu, j'utilise du crayon de couleur soluble à l'eau. Caran d'Ache pour moi. Je choisis la couleur pour être visible mais pas trop mais je n'ai jamais eu de marques qui restent, même en utilisant du rouge sur blanc. Faire un test quand même avant de me maudir...

Nabel (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci pour cet article ! Ca fait un moment que je me dis régulièrement que je devrais me coudre un coussin tailleur ... puis j'oublie ....

SunShine (il y a 2 semaines, 5 jours)

Bel article bien détaillé, merci Tita.
Je suis dans l'équipe ciseaux, même si j'ai utilisé les cutters rotatifs pour la lingerie.

Et pour les coussins tailleurs, je les ai rembourré avec mes chutes en prenant soin de n'utiliser que du coton ou lin résistant à la chaleur, et en bourrant bien, ça marche très bien. Je ne peux plus m'en passer.

Le fil de coton fin (il y a différentes épaisseurs) marche aussi très bien pour le faufilage et le bâtissage, il casse nettement et est plus facile à trouver que le fil de soie.

PerrPo (il y a 2 semaines, 5 jours)

Chouette article.

Pour les poids, je suis allée dans mon magasin de bricolage acheter les rondelles les plus grandes et les plus lourdes. L'avantage de cette solution, c'est que les magasins de bricolage sont ouverts en ce moment.

Sabine Kanto (il y a 2 semaines, 5 jours)

En résumé et en suivant les différents points proposés par Tita 

Les ciseaux, toujours. J’ai de la chance de connaître un rémouleur.

Les épingles et les poids  Difficile de trouver des épingles hyper-fines et non émoussées. Les poids, quand j’en utilise, des galets de la Côte d’Opale. Souvenir, souvenir

Les crayons de marquage. Si c’est pour marquer des repères de concordance, une entaille aux ciseau  

La craie, remplacée par une lamelle de savon bien usé

Le fil, une bobine de coton bien lisse fabriquée en Chine, vendue sous le nom d’une société belge

Les coussins tailleur remplacés par un essuie-éponge roulé en boule. 

La presse en bois. Mon mari m’a fabriqué une jeannette, style enclume. Très utile pour les angles

Les aiguilles de chez Schmetz

Les fils. Je fais un repère aux endroits délicats, tels que les pinces, les angles des pièces sur les épaules et sur les côtés, en laissant 6-7 cm et en nouant les extrémités de chaque côté. Repères qui restent jusqu’à la fin de la couture

kiki34 (il y a 2 semaines, 4 jours)

Iseult, tu peux trouver des paquets de sciure dans les jardineries, animaleries, ça sert à faire les litières pour les cages à lapin. Je me demande même si tu ne pourrais pas en trouver en grande surface, rayon animalerie.

Ma Vieille (il y a 2 semaines, 2 jours)

Merci pour ce récapitulatif ! Seulement une veste doublée à mon actif et je ne me vois pas rempiler avec un manteau pour le moment car j'ai déjà bien assez avec le contenu de mon placard... mais la plupart de ces jouets sont bien utiles aussi pour ma lubie du moment, les chemises ;)

Pour couper, je suis plus ciseaux et épingles que cutter et poids (en fait mes bocaux à boutons !). J'aime bien aussi les ciseaux cranteurs pour dégarnir des marges et finir les bords qui seront enfermés dans la doublure. Utile en cas de tissus qui s'effiloche, sécurité ou paranoïa pour les autres, je ne sais...

Les outils de repassage en bois, ça fait depuis que j'ai vu des cours Craftsy de Janet Pray que je lorgne dessus, c'est bluffant à voir en action ! J'irai voir un de mes voisins qui travaille le bois si il a des chutes qui conviendraient. Pour les coussins, ça va être plus dur à faire : il n'y a pas de tissus adapté dans le stock que j'ai sous la main pour le moment.

Je n'ai encore pas trouvé l'outil de marquage de mes rêves, mais j'utilise régulièrement la craie tailleur, le porte mine à plusieurs couleurs et le carbone + roulette. Sinon, je suis adepte du fil à bâtir pour les marquages et assemblages délicats. Le reste du temps, pour assembler je pose le moins d'épingles possible et assemble en tenant les pièces comme l'indique Janet Pray dans son cours.

@Iseult : si tu jamais tu passes dans une région forestière où ils font du bois, tu peux chercher une scierie et tenter de leur demander de la sciure. J'en avais besoin pour la litière de mes chats, à la scierie du coin il m'ont laissée me servir dans le tas !