Inspiration - Madeleine Vionnet

Par SunShine le 6 septembre 2021 dans Art & Créateurs

Lorsque l'on s'intéresse à l'histoire de la couture et de la haute couture, plusieurs noms reviennent régulièrement, notamment celui de Madeleine Vionnet. Elle a marqué son époque avec ses drapés et son inventivité dans la coupe, en introduisant la coupe en biais.

Madeleine Vionnet (1876-1975) est considérée comme l'une des couturières les plus importantes de l'histoire de la mode. Avec ses longs drapés coupés en biais, elle a révolutionné la mode et métamorphosé la silhouette féminine. Madeleine Vionnet fut et reste un modèle pour les couturiers les plus novateurs tels Balenciaga, Christian Dior, Azzedine Alaïa ou Issey Miyake. 

Image dans Infobox. Madeleine Vionnet – COPYRIGHT Bookshop Madeleine Vionnet Fashion Legacy - CR Muse: Madeleine ...

Née dans une famille modeste dans le Loiret, elle déménage avec son père divorcé en région parisienne à l’âge de cinq ans. Brillante élève, elle est contrainte de quitter l’école à douze ans pour apprendre la couture chez une voisine, femme du garde champêtre. Mariée très jeune, elle décide de quitter son époux et la France après avoir perdu sa fille en bas âge. Elle se rend au Royaume-Uni où elle est employée comme lingère dans une maison de santé, puis engagée dans une maison de couture londonienne.

"Sans les sœurs Callot j'aurais fait des Ford, avec elles j'ai fait des Rolls-Royce."
"Ce passage m'a empêché de faire des choses pauvres."

Elle revient à Paris en 1900, elle entre chez les sœurs Callot, une des maisons de couture les plus prestigieuses où elle apprend à faire "des Rolls-Royce" avec Mme Gerber.  En 1906, Jacques Doucet fait appel à elle pour sa maison de haute couture et lui confie le soin de « rajeunir » sa maison. Fascinée par Isadora Duncan, elle propose aux mannequins de marcher pieds nus, vêtues de robes souples qu’elles portent à même le corps sans s’appuyer sur un corset, de rigueur à l’époque. Elle se heurte alors aux réticences du personnel de la maison (des vendeuses refusent de présenter ses modèles) et de certaines clientes. Elle décide de créer sa maison de couture en 1912. La maison ferme en 1914, mais rouvrira au début des années 1920. Madeleine Vionnet continuera cependant à travailler pendant la première guerre mondiale.

"Si l’on peut dire qu’il existe une école Vionnet, c’est surtout parce que je me suis montrée une ennemie de la mode. Il y a dans les caprices saisonniers, fugitifs, un élément superficiel et instable qui choque mon sens de la beauté."

Sa maison se développe entre les deux guerres et fermera définitivement ses portes en 1940, au début de la deuxième guerre mondiale. Ses drapés ont la particularité de ne pas être cousus mais créés par l'agencement du vêtement sur les corps. Elle demeure un génie incontesté du modélisme. Elle travaille sur un petit mannequin de bois peint pour créer ses toiles en modèles réduits. Sa façon de draper ses modèles permet notamment d'équilibrer le biais lors de la coupe.

Madeleine vionnet Logos

Logotype de la maison Vionnet. Les influences antiques, art déco, et l'idée des drapés sont clairement présentes.

Attentive au bien-être de ses employé-e-s, Madeleine Vionnet crée un réfectoire, une crèche et emploie un médecin et un dentiste à demeure. Elle va même proposer des vacances, bien avant la loi sur les congés payés. Elle innove encore pour la protection de ses créations. Elle défend la maternité de la coupe dans le biais devant ses contrefacteurs lors d'un procès historique qu'elle gagne. Elle met également au point un système de copyright faisant référence dans le milieu de la mode.

Inspirations

Madeleine Vionnet utilise beaucoup les motifs floraux dans ses robes, notamment les roses en bandeaux, en colliers, en guirlandes, parsemées sur ses créations.

Robes, 1917 et 1918, Metropolitan Museum of Art  & détail de la ceinture

La Fleur top image

La fleur, 1922 - Robe de soirée, 1939 - robe de soirée, 1931

Elle revendique aussi sa filiation avec l'antiquité grecque.

Madeleine Vionnet’s “Little Horses” (Aux Petits Chevaux)A ... https://www.temps-forts.ch/wp-content/uploads/2020/01/TF-Vionnet-07.jpg

Robe de soirée dite "aux petits chevaux" Hiver 1921 (c) Les Arts Décoratifs, plagiat de la robe "aux petits chevaux", les photos "bas-relief" de George Hoyningen-Huené pour Vionnet (1931)

Cette filiation s'observe notamment dans ses nombreux drapés.

 

Robe de soirée (1937) - robe de soirée 1936-1937 - Robe de soirée (1938)

Mais elle reste ancrée dans son époque, et de nombreuses robes portent la géométrie propre à l'art déco.
A gorgeous art deco summer dress by Vionnet, 1922 ...

 Robe Art déco, 1922, Musée des arts décoratifs - Couverture du livre Cubism and Fashion - Robe (1926)

Le biais

Cependant, c'est son invention de la coupe dans le biais, et surtout sa maîtrise de son utilisation du biais qui ancrent son œuvre dans l'histoire. La complexité de la coupe sert la pureté de la forme. Ses robes sont intemporelles ; la fluidité du biais de la soie suit l'anatomie des femmes sans la brider. Ce n’est plus au corps de s’adapter au vêtement, mais au vêtement de suivre la silhouette.

"Je n'ai jamais pu supporter les corsets moi-même, pourquoi les aurais-je imposés aux autres ?"

Elle parle de quatre principes : proportion, mouvement, équilibre, vérité. L’exigence esthétique rejoint une revendication existentielle : promouvoir une femme libre et libérée.

Robe de soirée (1936)  - Robe de cocktail (1931-32) - Robe en soie (1938)

La coupe

Madeleine Vionnet fonctionnait par moulage sur mannequin. Beaucoup de ses robes comportent des godets, des inserts, des goussets, et beaucoup sont d'un seul tenant avec un drapage complexe. Elle inspire de nombreux couturiers, une belle citation de Yohji Yamamoto pour conclure cet article : "Vionnet était un laboratoire de la coupe. Je suis à la recherche de son ombre".

 

Pour aller plus loin

Une émission sur France Inter "Vionnet ou la haute couture libre" (dont on a parlé ici sur le forum)

Une introduction (en anglais) du V&A Museum

et les oeuvres de Vionnet de la collection du V&A

Les robes de Vionnet de la collection du Metropolitan Museum (en anglais)

Un article d'une biographe de Vionnet, Betty Kirke

Les dessins de Vionnet disponibles sur la bibliothèque numérique de la ville de Paris

Deux livres de Madeleine Chapsal (filleule de Madeleine Vionnet) : La chair de la robe et Madeleine Vionnet, ma mère et moi : l'éblouissement de la haute couture.

 

 

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Commentaires

missumlaut-Kikoo (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci pour ces liens ! Vionnet est mes yeux une artiste à part, plutôt qu'une créatrice de mode. Il est regrettable que l'esprit des coupes simples et travaillées dans le biais n'aie finalement pas tant de descendants qui nous soient accessibles à nous, pauvre couturières de base...

Miiiio (il y a 2 semaines, 5 jours)

Très chouette article ! Merci

detouteslescouleurs (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci beaucoup ! 

lucie_mdhda (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci pour cet article !

Myriam ArbreMagique (il y a 2 semaines, 5 jours)

Merci beaucoup pour cet article passionnant. Je connaissais vaguement les robes du soir, mais je découvre des robes du jour complètement modernes et portables aujourd'hui.

Très inspirant.

SunShine (il y a 2 semaines, 4 jours)

@missumlaut-Kikoo en effet, elle transcende la mode à mes yeux. Les coupes dans le biais ne sont que rarement simples, et surtout, je pense que ça dépend tellement du tissu qu'il est difficile de patronner quelque chose de fiable indépendamment du tissu utilisé.

@Myriam ArbreMagique j'ai aussi trouvé qu'elle avait fait beaucoup de robes (et de manteaux, vestes) qui sont très modernes.

@toutes merci de votre intérêt smiley

genov (il y a 2 semaines, 1 jour)

Merci beaucoup pour cet article très documenté.

missumlaut-Kikoo (il y a 2 semaines, 1 jour)

@Sunshine : tu as raison pour le bais sans doute ! Cependant, il peut y avoir des reccomandations sur le tissu à travailler, comme il y en a pour les mailles plus ou moins étirables. Quoique...Les mailles étirables mais sans élasthane semble être aussi fort négligées par les créatrices indé. Et à la limite, s'il faut un tissu particulier pour une réalisation en biais, c'est là que les kits box auraient leur place. Un site américain propose des patrons en biais mais cousus dans le DF -preuve que c'est possible. J'ai juste un peu de mal avec les patrons à 35$ hors FDP. 

Mariquita (il y a 2 semaines)

Je ne connaissais pas Madeleine Vionnet,  je m'en vais de ce pas écouter le podcast France Inter.

domisuizz (il y a 2 semaines)

Merci pour cet article et les liens. Quelle élégance toute de simplicité apparente.

BrightEyedMum (il y a 1 semaine, 6 jours)

Oh merci ! c'est un beau tour d'horizon et on peut aller encore plus loin et plus ample avec les liens ! ça va me demander quelques semaines d'exploration !

Vous pensez qu'on peut envoyer un cv pour être mannequin d'expo portant du Vionnet ? Pour libérer l'immobilisme des vêtements muséifiés ? wink (la photo "bas-relief" de George Hoyningen-Huene est superbe)

Coupé Filé (il y a 1 semaine, 1 jour)

merci pour cet article! J'ai moi même repris un patron de Madelaine Vionnet pour réaliser ma robe de mariée il y a 9 ans déjà!

SunShine (il y a 1 semaine)

@Mariquita ce podcast est super !

@domisuizz oh oui ! ça devrait être ma devise

@BrightEyedMedium moi aussi je veux bien être mannequin pour ces robes :D

@CoupéFilé oh ta robe devait être magnifique. Je ne l'ai pas trouvé dans tes posts, tu as des photos ?